Et si la Saint-Valentin durait toute l’année ? Cultiver le désir en couple dans la durée

La fête de la Saint-Valentin s’est imposée comme un symbole fort de l’amour et de l’érotisme. Chaque année, à l’approche du 14 février, les commerces, les publicités, les médias et les réseaux sociaux se chargent de nous le rappeler : la fête de l’amour devrait se célébrer avec des attentions particulières — restaurant, fleurs, chocolats, cadeaux, lingerie… Et sexualité !

Comme si, ce jour-là, il fallait impérativement faire quelque chose de spécial, à la différence du reste de l’année. Comme si le désir devait se manifester de façon visible, spontanée, presque automatique.

Pour de nombreuses personnes, le désir dans le couple devient, dès lors, un thermomètre de l’état de la relation.

Si certain·e·s vivent cette célébration comme un moment joyeux, d’autres y perçoivent une injonction supplémentaire : être en couple, désirer son ou sa partenaire, et avoir des rapports sexuels selon une fréquence supposée normale.

Or, obligation et sexualité font rarement bon ménage.

Le mythe du désir constant

Les représentations les plus courantes associent encore le couple « heureux » à une sexualité à deux fréquente. Cette idée se retrouve partout : dans la publicité, les séries, et même les discussions entre amis. Le désir serait censé aller de soi, comme une preuve de l’amour et de la solidité du lien.

Pourtant, dans la réalité, le désir fluctue au fil du temps. Les expériences et les contextes de vie, à l’échelle individuelle ou du couple, agissent sur notre désir. Ce n’est pas pour autant que ce désir disparaît totalement. Son intensité est influencée par une multitude de facteurs[1] :

–       Individuels (la santé, le stress, l’anxiété, la mauvaise estime de soi, …) ;

–       Relationnels (la manière de communiquer avec son partenaire, l’intimité émotionnelle, l’insatisfaction lors des rapports…) ;

–       Ou encore sociétaux (stéréotypes de genre, charge mentale, croyances limitantes…).

Si le désir ne se décrète pas, il peut se construire.

L’écart de désir n’est pas une pathologie : la réalité du terrain

En France, ainsi que dans d’autres pays occidentaux, les grandes enquêtes[2] montrent une baisse déclarée de la fréquence des rapports sexuels au cours de ces dernières décennies.

Une étude sur l’année 2023 constate que 43 % des Français·es déclaraient avoir, en moyenne, un rapport sexuel par semaine, contre 58 % en 2009 mais la satisfaction serait en augmentation[3]. Ces données permettent de relativiser l’idée selon laquelle une fréquence régulière serait un indicateur du bonheur conjugal.

En effet, le désir sexuel n’est pas un baromètre unique de la santé ou de la qualité d’une relation. Cela ne préjuge en rien d’un lien qui peut être solide malgré une moindre activité sexuelle, surtout avec le vieillissement, qui constitue une période d’adaptation mais aussi une opportunité de (re)découvrir la sensualité.

Contrairement à l’idéal romantique d’une symétrie parfaite des désirs, il est fréquent que les partenaires ne ressentent pas le désir avec la même intensité ni au même moment.

L’écart de désir n’est pas une pathologie du couple.

D’ailleurs, cette injonction à la sexualité dans le couple a des effets sur l’envie des partenaires : 43,7 % de femmes et 23,4 % d’hommes ont des rapports pour faire plaisir à l’autre[4] … Outre que cela questionne sur la réalité du consentement, cela peut faire apparaître ou aggraver des difficultés sexuelles, et souvent, éteindre totalement le désir.  

Faire durer le désir : la qualité de l’intimité

Loin des yeux, loin du cœur ? Le désir naîtrait-il du manque ? Pas si évident !

Pour la thérapeute de couples Esther PEREL[5], les relations contemporaines sont animées par la contradiction entre l’amour – qui requiert sécurité et stabilité – et la passion – qui implique l’aventure, le risque et la nouveauté.  On ne pourrait désirer ce que l’on a déjà. Elle préconise donc de maintenir une certaine autonomie dans le couple pour laisser l’espace nécessaire à son propre désir et mieux revenir au « nous ».

En consultation, il n’est pas rare d’observer que le désir de l’un semble étouffer celui de l’autre. Cependant, dans ce cas, ce n’est pas toujours la fusion qui en cause, mais la dynamique du couple : l’un des partenaires peut entrer dans un cercle de l’évitement de la sexualité pour diverses raisons qui ne sont pas seulement individuelles (insatisfaction, sentiment d’être pris pour un objet de décharge, de ne pas être écouté.e, charge mentale, …).

Il est d’ailleurs intéressant de se poser la question : mon envie vient-elle du désir que j’ai pour mon/ma partenaire ou d’un « besoin » de décharger, ce qui pose la question de la considération de l’Autre comme sujet ou objet.

Au contraire, la qualité de l’intimité (sexuelle ou non) et de l’écoute de l’autre au quotidien, permet de préserver le désir dans la durée. Une étude publiée dans Archives of Sexual Behavior[6] met en évidence que les expériences répétées d’intimité émotionnelle — telles que le sentiment d’être compris, écouté et soutenu par son ou sa partenaire — sont associées à un niveau plus élevé de désir et de satisfaction sexuelle, ainsi qu’à une diminution de la détresse sexuelle.

La connaissance de soi et l’exploration à deux (ou à plusieurs) : sortir de la performance

Un autre élément essentiel, souvent oublié à mesure que le temps passe, consiste en l’exploration de nos sens et de notre imaginaire érotique.

Être actif dans sa sexualité individuelle permet d’entrer plus facilement dans la relation à deux : apprendre à se connaître, à écouter son corps, ses envies, ses limites. La sexualité ne se réduit pas à la performance, ni à la fréquence des rapports. Elle est aussi un rapport à soi, à ses sensations, à son propre vécu pour mieux le partager.

C’est surtout le jeu libre, sans recherche de résultat, qui permet de raviver et de maintenir le désir dans la durée : communication authentique où chacun.e prend le temps d’écouter, séduction au quotidien, rires, expériences communes,…  

La sexualité évolue à tout âge, avec le temps, les contextes et les découvertes si tenté que l’on se laisse entraîner par le plaisir à la fois individuel et partagé.

Conclusion : la Saint-Valentin au quotidien

Ainsi, plutôt que de chercher à surprendre lors d’occasions prédéterminées, il peut être plus judicieux de penser le désir dans le couple comme un processus sur le long terme, et non comme une performance à réaliser. Le désir se construit, dans les ajustements, les moments de proximité comme dans les espaces de liberté.

Accepter cette variabilité naturelle, se détacher des normes sociales, permet souvent de retrouver un lien plus libre, plus authentique, et finalement plus durable.

Comme j’ai souvent tendance à le répéter en consultation :

« La sexualité est un jeu, et non pas un enjeu ».

Vous souffrez de cet écart de désir ? Votre imaginaire érotique manque de diversité ou vos rapports ne vous donnent pas satisfaction? N’hésitez pas à consulter un.e sexothérapeute de couple !

[1] Mark, K. P., & Lasslo, J. A. (2018). Maintaining Sexual Desire in Long-Term Relationships: A Systematic Review and Conceptual Model. The Journal of Sex Research, 55(4–5), 563–581. https://doi.org/10.1080/00224499.2018.1437592.

[2] Contexte des sexualités en France Premiers résultats de l’enquête CSF-2023, Inserm-ANRS-MIE, 13 novembre 2024.

[3] Étude Ifop pour LELO réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 29 décembre 2023 au 2 janvier 2024 auprès d’un échantillon de 1 911 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus

[4] Ibid, Contexte des sexualités.

[5] Esther Perel, L’intelligence érotique: Faire vivre le désir dans le couple, éd. Pocket, 2013. 

[6] Bergeron, S., Vaillancourt-Morel, MP., Péloquin, K. et al. Intimacy Promotes Couples’ Sexual Well-Being on a Daily Basis and Over One Year: The Role of Positive Sexual Cues. Arch Sex Behav 53, 2737–2749 (2024). https://doi.org/10.1007/s10508-024-02912-7.

approches baisse de désir en couple comment parler de sexualité communication de couple. conflits conflits de couple consentement Désir imaginaire érotique intimité libido retrouver le désir sensualité sexualité sexualité de couple spontanéité séduction tabou écart de désir érotisme

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut